Fiche

 

Sacré versus sécularisation. Religion et politique dans le monde

Auteur(s):
Pippa Norris , Ronald Inglehart

Collection : UBlire

Discipline(s) : Science politique

Parution: 10/2014,
ISBN: 978-2-8004-1571-0
Nombre de pages: 480 pages
Prix: 13 €
Traducteur: Pascal Delwit
Nombre d'illustrations: 46 figures, 34 tableaux

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Synopsis

Les événements du 11 septembre 2001 et leurs répercussions en Afghanistan et en Irak ont ébranlé les théories scientifiques relatives à « la fin de l’histoire » et aux dividendes de la paix postérieure à la guerre froide. L’étude de la religion s’est retrouvée soudain sous les feux de la rampe. Les conflits religieux sont-ils désormais le problème central ? Les prophéties annonçant un nouveau « choc des civilisations » se réalisent-elles ? Le processus de sécularisation est-il en train de réduire le rôle de la religion dans la vie quotidienne ou les grandes religions mondiales connaissent-elles une forte reviviscence ?

Pour répondre à ces questions, Pippa Norris et Ronald Inglehart ont exploité un corpus important de données empiriques recueillies dans un très grand nombre de sociétés de type très différent, réparties dans le monde entier. A partir des idées développées par Weber et Durkheim il y a un siècle, ils élaborent un nouveau cadre théorique pour comprendre comment l’expérience de la sécurité existentielle influence le processus de sécularisation. Ils montrent de façon convaincante que les populations les plus vulnérables restent les plus attachées à la religiosité, surtout (mais pas exclusivement) dans les pays les plus pauvres et les Etats en faillite. A l’inverse, dans les franges les plus prospères des nations riches, les pratiques, les valeurs et les croyances religieuses sont en érosion constante. Mais si les populations de quasi toutes les sociétés industrielles avancées se sont de plus en plus laïcisées au cours du dernier demi-siècle, leurs taux de fécondité ont enregistré une chute brutale. Au total, le monde compte plus d’individus qui adhèrent à des conceptions religieuses traditionnelles que par le passé – et ils représentent une part croissante de la population mondiale.

Salué lors de sa publication en anglais comme un ouvrage fondateur par l’American Journal of Sociology, les Comparative Political Studies, le Journal of the Scientific Study of Religion, cet ouvrage solidement argumenté et d’une lecture agréable séduira autant le monde académique que le lecteur curieux de comprendre les évolutions majeures de notre temps.



Compte rendu

"il s'agit ici, après avoir explicité le processus de sécularisation, d'étudier un certain nombre de cas (Etats-Unis, Europe, monde musulman) et d'examiner les conséquences de la sécularisation en matière de morale, d'affiliation aux associations, de comportement électoral. (...) Disons-le tout net : c'est un ouvrage facile d'accès, très pédagogique dans son écriture et qui, sans négliger les aspects théoriques, ne s'enferme pas dans un discours où le jargon technique primerait (...) un livre qui nécessite une lecture attentive et offre de multiples perspectives de réflexion, tout en nuances, et redonne un nouveau sens à la théorie de la sécularisation" (Bruno Poucet, L'Ours, 451, septembre-octobre 2015).

Revue française de science politique, vol. 65, 2015/2, p. 332-334 (Guy Hermet, Sciences Po, CERI).

"ce livre renouvelle non sans pertinence la thèse de la sécularisation et devrait fournir aux lecteurs une meilleure appréhension de ce concept (et des théories anciennes et contemporaines qui lui sont attachées) et permettre aux chercheurs d’approfondir certains des liens établis (notamment entre religion et fécondité) dans cet ouvrage" (Jean-Louis Ormières, Archives de Sciences Sociales des Religions, 172, octobre-décembre 2015).

Sacré versus sécularisation est la reprise actualisée d’un ouvrage paru en 2004 qui a pour visée de comprendre la sécularisation contemporaine à la lumière des données de développement économique et social et des relations entre religion et politique. À partir du recueil d’un très grand nombre d’enquêtes statistiques produites par la World Values Survey et l’European Values Survey sur 191 pays, les auteurs mettent en lumière la permanence et l’intensification du processus de sécularisation mis en cause par d’autres auteurs comme Peter Berger ou José Casanova. Le plus intéressant est ici le lien que mettent au jour les auteurs entre le degré de sécularisation et le degré de sécurité. Contrairement aux thèses habituelles qui voient dans la sécularisation l’effet de la rationalité scientifique dominante, ils démontrent que la baisse de la religiosité est intimement liée au degré de sécurité que peuvent espérer les citoyens. Dans les pays agraires frappés par les catastrophes climatiques, les populations sont enclines à s’en remettre aux forces surnaturelles tandis que dans les sociétés développées, les populations plus instruites et bénéficiant d’une plus grande sécurité matérielle auraient tendance à se détacher de l’emprise religieuse. Quant aux relations entre intégration religieuse et orientation politique, les auteurs montrent, statistiques à l’appui, que la thèse répandue depuis quelques années d’un affaiblissement de l’influence de la religion sur le comportement politique ne tient pas. Dans les 32 pays dont la Comparative Study of Cultural Systems recense les données électorales, la religion apparaît corrélée à l’orientation du vote de manière constante et systématique. La conclusion de l’ouvrage affirme que, contrairement là encore à des thèses récentes et peu fondées empiriquement, le monde dans son ensemble demeure religieux. D’autant plus que les sociétés agraires, marquées par l’insécurité et le sentiment religieux, sont plus nombreuses et plus fécondes que les sociétés occidentales déchristianisées et prospères. C’est ainsi que, pour les auteurs, la superposition des clivages de religion et de développement risque de produire une grande instabilité du système international dans les années à venir.

Sacré versus sécularisation. Religion et politique dans le monde, Éditions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 2014, 480 p.

Publié dans le n° 106/4 (oct.-déc. 2018) : VARIA
Revue Recherches de science religieuse
14, rue d’Assas
75006 Paris

 




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